Dans les Yeux de...

Dans les yeux de Marie-Eve Perron

jeudi 01 janv. - 1h00

Pour résumer sa participation au Trophée Roses des Sables, Marie-Eve Perron, porte-parole des équipages canadiens, emploie ces mots : « Je suis allée au bout de mes capacités comme toutes les participantes du rallye ! »

A l’attendre parler de sa course en tant que copilote de sa complice Valérie de Launière (équipage 239), on devine qu’elle s’est totalement prise au jeu… Concernant sa mission dans l’habitacle d’abord, Marie-Eve a encore des visions du road book : « il va nous dire par exemple, faites trois cents mètres au cap 180, après ça il faut changer le degré de la boussole pour les sept cents mètres suivants, puis il faut rouler pendant un kilomètre puis on s’arrête quand on voit une petite maison avec un puits etc. »

Quant aux paysages, cette Québécoise, retient la diversité des décors qu’elle a traversés durant son épopée du désert: « on roule tantôt dans un oued, dans des dunes, dans de la grosse roche, on a d’ailleurs eu une formidable crevaison, certaines se sont enlisées, on développe beaucoup de capacités nouvelles ». Les difficultés qu’elles a rencontrées ? Probablement l’accumulation, le haut degré de concentration sur des journées de douze heures en moyenne, pour parcourir environ deux cents kilomètres. « Maintenir cet état de concentration, tant pour la pilote qui fait face à beaucoup d’obstacles que la copilote qui essaie de tenir les caps et les distances, c’est ça le plus grand défi » affirme-t-elle consciente d’avoir réalisé un exploit. « Moi, je devais à la fois garder un œil continuel sur le road book pour le suivre à la lettre, remettre le Tripy à zéro à chaque case et enfin manier la boussole, c’est-à-dire sortir et rentrer dans la voiture à chaque fois. On n’a pas de temps pour s’arrêter, ce n’est pas le moment pour s’arrêter faire un petit pique-nique sous un arbre, dans un oued, ça roule, ça va vite… »

Cela faisait dix ans que Marie-Eve rêvait de participer au Trophée Roses des Sables, pour le défi physique, mais aussi pour le fait de visiter le désert de cette manière-là.       « L’entraide est aussi partie prenante des valeurs de ce rallye, et puis il y a les actions solidaires : le Trophée soutient l’association Enfants du désert mais également le Club des petits déjeuners, tout ça entrait exactement dans le cadre d’un défi que j’avais envie de relever » poursuit-elle très enthousiaste.

Pour finir, quand on l’interroge sur les meilleurs moments de son aventure, elle répond dans un soupir : « J’en ai plein ! Mais l’étape marathon, soit quatre cent kilomètres à faire sur deux jours et au milieu, on s’arrête dans nulle part et on se monte un campement nous-mêmes… On a vu le coucher du soleil en plein dans un oued de sable, on a vu le lever du soleil là, en camping, on a vu des paysages extraordinaires, des dromadaires un peu partout. Les gens des villages traversés venaient souvent vers nous, on a eu la possibilité d’échanger. On a également eu une journée Enfants du désert, où on a pu visiter le village d’Haroun, pour remettre tous les dons amassés par toutes les participantes, ça a été bouleversant ; je me suis fait maquiller par les enfants, ils m’ont promenée partout dans le village en me tenant par la main, des moments émouvants et touchants à vivre. »

Marie-Eve et Valérie finissent à une place honorable au classement, dans les cent premières alors qu’elles ont eu un temps très limité pour se préparer. Un grand merci à la pétillante Marie-Eve qui nous a offert un show hilarant lors de son passage sur scène à la soirée de remise des prix !

Dans les yeux de Vincent, ostéopathe sur le rallye

jeudi 01 janv. - 1h00

Vincent exerce le métier d’ostéopathe depuis six ans à Paris, version « ostéomobile » : il n’a pas de cabinet et préfère se déplacer chez les gens avec sa table. Ayant déjà participé à deux reprises au triathlon de l’Alpes d’Huez, il sait ce qu’est enchaîner beaucoup de rendez-vous sur un temps réduit. L’expérience comparable qu’il vit dans le contexte particulier du Trophée Roses des Sables lui permet de diversifier sa pratique en tâchant de faire au mieux, sans pouvoir dispenser une séance complète. Il agit donc selon le motif de consultation et le degré d’urgence.

Trois types de patientes se présentent au fil des consultations sur le bivouac du rallye : celles qui ont reçu un choc et qui se sont fait mal, celles qui ont un peu mal au dos, mal au cou et enfin celles qui n’ont pas mal mais qui souhaitent profiter de la prestation offerte. « Et puis on distingue aussi les pionnières qui viennent spontanément, des réticentes, qui finissent par passer nous voir suite au bouche à oreille qui fonctionne bien ». Vincent s’adapte à ces différents profils en livrant une vision et une pratique globales de son métier. « Trust, viscéral, facial, musculaire, articulaire », il énumère le protocole plutôt « classique » mais puise aussi son inspiration de thérapeute dans des domaines comme le magnétisme ou l’hypnose.

Concernant les Roses, il a apprécié de pouvoir en revoir certaines même sur une durée limitée de cinq jours. « Ce qui est intéressant pour un thérapeute en général, c’est de voir l’évolution de la patiente ; et même sur une courte période comme ici, j’ai vu des choses évoluer. Au-début elles arrivaient très stressées, de se sentir projetées hors de leur zone de confort, elles font ici des choses totalement nouvelles, elles ont peur… Mais au fur et à mesure des consultations, elles étaient de plus en plus cools.

On a de la chance, on bénéficie d’un a priori positif dans ce métier, mais c’est une responsabilité car elles comptent sur nous. On n’a pas beaucoup de temps pour être efficaces. « Je suis très friand de ce genre d’événement, c’est particulier, elles sont vraiment sorties de leur contexte, j’ai beaucoup d’admiration, ce n’est pas évident de se retrouver dans un 4×4 en pleine nuit pour trouver des caps. J’estime que je dois réaliser la prestation pour laquelle elles me sollicitent. Quand une personne vient me voir, elle doit aller mieux, c’est mon objectif et s’il est atteint, je suis content. »

Dans les yeux d’Enfants du désert

jeudi 01 janv. - 1h00

Ce soir lors de sa prise de parole après le briefing, Laetitia Chevallier, présidente de Enfants du désert a choisi de mettre en avant les équipages de Roses qui portaient cette année des projets particuliers. En effet, parallèlement aux dons que l’ensemble des participantes ont acheminés jusqu’à Haroun, certains équipages, sur leur initiative personnelle, ont tenu à ajouter leurs propres pierres à l’édifice de l’association partenaire du Trophée Roses des Sables.

Constance et Michelle (équipage 4×4 – 143): déjà à l’origine d’une salle de classe il y a deux ans, c’est une garderie (l’équivalent d’une école maternelle) que ces Roses issues de la Team Popines ont choisi de financer dans le village d’El Fida. Ce groupe de participantes s’est lié d’amitié sur le rallye en 2013, et prouve que le rallye est source de belles rencontres porteuses de merveilleuses actions solidaires.

Pauline et Hélène (équipage 4×4 –  159): au départ, elles avaient en tête de fiancer un puits, mais leur sponsor principal dans l’aventure les a poussées à aller plus loin, à voir plus haut. Résultat : c’est également une garderie qui va être construite au Ksar Lfalkh, grâce à leur action,, une fois que les 20% manquant du budget auront été réunis.

Cynthia et Mireille (équipage SSV –  517): le volet humanitaire était le moteur premier de l’engagement de ces Québécoises dans le rallye. Elles ont opté pour une réalisation dans laquelle elles se reconnaissaient le plus, à savoir une bibliothèque. Consciente que l’apprentissage par la lecture est un gage de bonheur, elles ont pu le constater samedi à Mezguida en voyant les enfants happés par les livres. « Un moment inoubliable, vraiment extraordinaire ! De chez nous, on n’aurait jamais pu mener ce projet à bien. Un grand merci à Lætitia et à son association pour nous l’avoir permis. »

Christine (quad – 600): nous vous présentons une récidiviste… Marraine de deux jeunes filles marocaines, elle a déjà financé une bibliothèque il y a deux ans, mais aussi un puits plus récemment et bientôt une bibliothèque à El Fida ! « Mon mari est marocain et je voulais faire quelque chose pour son pays depuis longtemps. C’est grâce à l’association Enfants du désert que j’ai pu le faire. »

Cathy, Anne-Marie, Manuelle et Magali (équipages SSV – 548 & 549): ce quatuor de cœur a souhaité financer un puits. Quand Laetitia Chevallier leur a annoncé que cela se ferait dans une école d’El Fida, elles ont été exaucées au-delà de leurs espérances. « Amener un espace de verdure à des écoliers, c’est tellement fort de sens. Samedi, nous avons planté les premiers palmiers, en imaginant que bientôt, les enfants de la garderie qui doit être construite en face, pourrons profiter de ce jardin. C’est une goutte d’eau dans le désert, mais c’est avec des gouttes d’eau que l’on fait de grandes rivières. »

Sandra et Marie-Hélène (équipage 4×4 – 158): déjà mobilisées pour la petite Lia (voir l’article « Dans les yeux de l’équipage 158, Les Zéro In du désert »), elles ont offert leurs dons supplémentaires pour permettre le financement d’un traitement médical, indisponible au Maroc, pour une petite fille.

Laetitia a également donné la parole à une représentante de la Team Santé-Solidarité qui regroupe 8 équipages (61, 108, 127, 151, 221, 228, 510 et 616). Issues de professions médicales, ces Roses ont financé l’opération « Bien voir pour bien apprendre ». Bilan: 280 enfants dépistés, 118 enfants nécessitant des corrections, 86 paires de lunettes adaptées grâce leurs dons, et les 32 restant par Fouad qui a mené l’action de dépistage avec Enfants du désert.

Elle a enfin évoqué le projet destiné aux Québécoises de l’aventure : pour pallier les difficultés d’acheminement depuis le Canada, et répondre au désir des Québécoises de participer à l’élan solidaire du Trophée Roses des Sables, elles ont été sollicitées pour collecter le financement de l’équipement d’une garderie (financée par la Team Popines à El Fida).

Dans les yeux de Julien Letullier, directeur de course.

jeudi 01 janv. - 1h00

« Aujourd’hui, j’ai rencontré les équipages qui ont galéré sur la boucle de l’Erg Chebbi. C’est mon rôle sur le rallye, je suis appelé sur des situations délicates ou lors de déclenchements d’alertes. Ce que j’ai pu noter, c’est que malgré les difficultés et l’appréhension, la confiance prenait le dessus et elles avaient le sourire. Elles ont réussi à gérer une grosse pression, elles étaient ravies, car elles ont fini par réaliser que le parcours était à leur portée. C’est une chance de pouvoir faire ce genre d’étape, de traverser des sommets de dunes et de surmonter la crainte de l’échec.

Je n’ai croisé qu’une vingtaine d’équipages mais j’ai pu observer leur engouement autour du partage de ce grand moment. Dès qu’un véhicule était tanké ou coincé en dévers et qu’il parvenait à finalement passer une crête, toutes les filles s’encourageaient, criaient et se rassuraient. « Moi aussi je vais y arriver ! », le sentiment de confiance circulait vers celles qui voyaient les autres réussir. C’est comme ça que les participantes sont allées au bout de leurs possibilités.

Je pense aussi à l’équipage 61, en fin de parcours qui dispose d’un 4×4 un peu moins puissant que d’autres sur le rallye. Craignant de trop batailler, voire d’abîmer leur véhicule, elles se sont dit « on attend là, on déclenche une alerte ». Quand je suis arrivé, on a discuté, elles voulaient sortir des dunes ; je leur ai proposé de les aider contre une pénalité, et de les mener jusqu’à un point où elles pourraient finir cette étape des dunes. Et elles ont décidé de le faire, de ne pas baisser les bras. Je les ai recroisées ce soir, elles étaient super contentes, elles m’ont dit merci ! »

 

Dans les yeux de Valérie, la pétillante québécoise du PC Course

jeudi 01 janv. - 1h00

Valérie fait ses premiers pas au PC Course lors des vingt ans du 4L en février 2017. Après une riche expérience en tant que participante (elle a deux Roses des Sables et un Roses des Andes à son actif), elle est passée en coulisses pour découvrir le rallye de l’intérieur, au cœur de la tour de contrôle de la course. Avec sa triple casquette, elle représente et accompagne aussi les Roses Canadiennes à chaque édition des Trophées des Roses.

Mais cette année, c’est sa toute première fois au PC Course du raid féminin marocain.   « J’ai hâte de voir ce que ça va donner, car ce n’est ni la même ampleur, ni la même dynamique que le 4L Trophy. Et évidemment, il y a la spécificité des participantes, qui sont exclusivement des femmes… » Déjà aujourd’hui, Valérie s’est régalée en les observant « jardiner », comme on dit dans le jargon automobile. Autrement dit, c’est grisant de les voir perdre la trace du road book, tourner en rond, puis finalement la retrouver. « C’est cela qui me plaît, suivre les filles qui jouent le jeu, on le voit parfaitement à l’écran ».

Effectivement, derrière son écran, elle scrute les trajectoires et reconnait aisément les véhicules qui tentent des coupes, qui cherchent le podium. Elle les y encourage secrètement…et elle s’amuse aussi beaucoup quand d’autres « vont dans les choux ». Malgré le jetlag (car elle se déplace à chaque fois du Canada pour remplir sa mission), elle déborde d’enthousiasme pour évoquer sa passion du désert et de la course d’orientation. Au passage, son conseil pour les novices : « faites-vous confiance, si un véhicule va à droite alors que vous alliez tenter la direction inverse, écoutez-vous ! »

Petit détail non négligeable, tout le monde l’appelle Tigidou sur le bivouac, une expression qui signifie « tout va bien ! » en québécois, qui lui va si bien et qu’elle a dû prononcer souvent pour qu’elle lui colle désormais à la peau ! Comme elle aime à le dire, elle se sent comme dans une famille au sein du PC Course, qui est certes isolé mais dont les membres sont « très serrés » comme on dit aussi chez elle.